Tout d’abord, une question très générale et évidemment souvent posée : comment vous est venue l’idée de ce projet ?

L’idée est venue de la frustration de ne jamais me voir proposer le type de scénario que je souhaitais mettre en musique. J’avais l’impression d’avoir en moi tout un réservoir d’idées que je ne pouvais pas exprimer. J’ai attendu, attendu, et puis un jour j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et d’écrire moi-même ma propre histoire musicale.

En écrivant cette histoire, pensiez-vous déjà à une mise en image et en musique ?

Lorsque l’on écrit une scène d'aventure on a forcément des images dans la tête, qui sont ensuite interprétées par le réalisateur.
Pour la musique, en fait, j’écris les scènes POUR faire une certaine musique, donc j’entends le STYLE musical en écrivant. Cependant, j’entends rarement le détail précis des thèmes, mélodies etc. C’est un travail qui me demande un état d’esprit différent. J’ai besoin pour cela de toute ma concentration et donc ce n’est pas pendant l’écriture du texte que j’ai la meilleure focalisation sur les détails de la composition.

Comment s’est déroulé le processus d’écriture, y a-t-il eu des lenteurs, des temps morts plus ou moins inattendus, une « angoisse de la page blanche » ?

J’ai eu beaucoup de mal à faire les premières minutes, car ce projet durera au final presque cinq heures, et il était essentiel de partir dans la bonne direction dès les premières notes. Ca m’a mis la pression, j’avais peur de me décevoir.

L’histoire est dédiée à Hélène Grimault, pianiste française internationalement connue : quel est son rôle dans la genèse du projet « Helena » ?

Cela faisait deux ans que j’avais lu son livre "Variations Sauvages" avec admiration. Il me semblait que la réalité dépassait la fiction et que cette musicienne exceptionnelle avait tout pour faire une héroïne passionnante. J’avais cela en tête, mais je ne trouvais pas l’idée juste. J’étais parti sur une toute autre histoire, et soudain, j’ai eu le déclic. Hélène Grimaud perdue et confrontée à un monde gothique fantastique, où ses loups la protègeraient de créatures terrifiantes. C’est devenu "Helena et l’orchestre du monde des brouillards".

Pourquoi une histoire en musique ?

Depuis ma jeunesse, j’admire et j’envie l’époque où Richard Wagner pouvait créer des œuvres immenses et complètes. Aujourd’hui l’opéra est toujours une forme musicale magnifique, mais le côté théâtral ne me semble plus adapté au 21ème siècle. Nous sommes des générations de cinéma, de télévision et d’Internet. C’est provocateur, mais je m’amuse à dire que si Richard Wagner était là aujourd’hui, il écrirait des histoires en musique sur Internet pour le plus grand nombre, et non plus de l’opéra pour une élite.
J’essaye de retrouver le même processus de création mélangé de musique et de texte, d’univers fantastique où les instruments racontent une histoire autant que les mots. C’est ce que faisait Wagner quand il écrivait sa tétralogie.

Quel est votre rapport à l’univers de l’Heroic Fantasy, qui sous-tend l’histoire d’Helena ?

Une musique qui ne fait pas rêver ne sert à rien. Une histoire musicale appelle donc un univers imaginaire où se nouent des situations extraordinaires. Comme nous ne sommes pas dans un monde réaliste, la musique peut s’y exprimer pleinement, et c’est tant mieux. Dans l’univers de l’Heroic Fantasy beaucoup de sentiments et de situations sont poussés à l’extrême et entraînent des illustrations d’autant plus fortes et intéressantes.

On peut facilement repérer les deux grandes passions d’Helena que sont, le monde de la musique, à travers sa pratique virtuose du piano, et le monde animal, dans son attachement profond aux loups et aux chevaux : pourquoi ces deux lignes de force dans l’histoire plutôt que d’autres ?

Sûrement pour plusieurs raisons mais la première qui me vienne à l’esprit c’est que c’est en résonance complète avec mes valeurs. J’aime la musique, j’aime les chevaux, et je suis engagé dans la lutte pour la protection des espèces et de leur environnement. De plus, c’est également les valeurs que partage Hélène Grimaud dont s’inspire le personnage d’Helena.

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